Publications
Consommation de produits laitiers et risque de cancer: résultats de la cohorte NutriNet-Santé
Int J Cancer. 2022 Jun 15;150(12):1978-1986. doi: 10.1002/ijc.33935.
Mélanie Deschasaux-Tanguy*, Laura Barrubés Piñol*, Laury Sellem, Charlotte Debras, Bernard Srour, Eloi Chazelas, Gaëlle Wendeu-Foyet, Serge Hercberg, Pilar Galan, Emmanuelle Kesse-Guyot, Chantal Julia, Nancy Elvira Babio Sánchez, Jordi Salas Salvadó, Mathilde Touvier (*co-premières auteurs)
Lien : https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/ijc.33935
De nombreuses questions subsistent concernant l’impact de la consommation de produits laitiers sur la santé à long terme, et en particulier leur rôle dans le développement de cancers fréquents comme le cancer du sein ou le cancer de la prostate. Par ailleurs, il existe peu de données prenant en compte d’éventuelles différences d’effets en fonction des différents types de produits laitiers.
L’objectif de notre étude était donc d’évaluer les associations entre la consommation de produits laitiers (au global et de différents types) et le risque de cancer.
Notre étude incluait 101 279 participants de la cohorte NutriNet-Santé (78,7% de femmes, âge moyen de 42,2 ans). La consommation de produits laitiers a été estimée à l’aide d’enregistrements de 24h validés et répétés. Des modèles de Cox à risques proportionnels incluant un grand nombre de facteurs liés aux caractéristiques sociodémographiques et au mode de vie ont été utilisés.
Dans cet échantillon, 2503 cas de cancers incidents (783 cancers du sein, 323 cancers de la prostate et 182 cancers colorectaux) ont été documenté au cours d’un suivi médian de 5,9 ans.
La consommation de produits laitiers (tous confondus) n’était pas associée de manière significative au risque de cancer. En revanche la consommation de fromage blanc était associée à un risque accru de cancer au global (HR pour l’augmentation d’une portion = 1,11 [IC 95% : 1,01-1,21] ; P = 0.03) et de cancer colorectal (HR pour l’augmentation d’une portion = 1,39 [1,09-1,77] ; P < 0,01). Par ailleurs, la consommation de desserts lactés sucrés était associée au risque de cancer colorectal (HR pour l’augmentation d’une portion = 1,58 [1,01-2,46] ; P = 0.046]. Aucune association n’a été observée entre la consommation de produits laitiers ou de desserts lactés sucrés et le risque de cancer du sein ou de la prostate.
Pour conclure, notre étude n’a pas montré d’associations significatives entre la consommation de produits laitiers et le risque de cancer, à l’exception d’une association entre la consommation de fromage blanc et le risque de cancer au global et de cancer colorectal, association qui reste néanmoins à clarifier, notamment concernant les potentiels mécanismes impliqués. De même une association a également été observée entre la consommation de desserts lactés sucrés et le risque de cancer colorectal. Ces associations nécessitent d’être confirmées par de futures études.
Association prospective entre des profils d’exposition alimentaire aux pesticides et le risque de diabète de type 2 dans la cohorte NutriNet-Santé.
Pauline Rebouillat, Rodolphe Vidal, Jean-Pierre Cravedi, Bruno Taupier-Letage, Laurent Debrauwer, Laurence Gamet-Payrastre, Hervé Guillou, Mathilde Touvier, Léopold K. Fezeu, Serge Hercberg, Denis Lairon, Julia Baudry & Emmanuelle Kesse-Guyot.
Publié le 25/05/2022 dans le journal Environmental Health
Lien vers la publication : https://ehjournal.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12940-022-00862-y
Contexte
Peu d’études en population ont porté sur l’exposition alimentaire aux pesticides et les effets potentiels de mélange sont encore peu connus. L’objectif de cette étude était d’évaluer les associations entre les profils d'exposition alimentaire aux pesticides et le diabète de type 2 chez les participants de la cohorte NutriNet-Santé.
Méthodes
Au début de l’étude, les participants ont complété un fréquentiel alimentaire, évaluant la consommation d'aliments conventionnels et biologiques. Les expositions à 25 substances actives ont été estimées à l'aide de la base de données de contamination du Chemisches und Veterinäruntersuchungsamt Stuttgart, qui comprenait des données pour les aliments conventionnels et biologiques. Les cas de diabète de type 2 ont été identifiés via une approche multi-sources.
Les profils d’exposition alimentaire aux pesticides ont été établis en utilisant la Factorisation par Matrices non-Négatives (NMF), méthode particulièrement adaptée aux données de contamination. Des modèles de Cox, ajustés sur les facteurs de confusion connus, ont été utilisés pour estimer les Hazard Ratios (HR) et intervalles de confiance à 95%, pour les associations entre les quatre composantes NMF, divisées en quintiles, et le risque de diabète de type 2.
Résultats
L’échantillon d’étude se composait de 33 013 participants âgés de 53 ans en moyenne, comprenant 76% de femmes. Pendant le suivi (suivi médian : 5,95 années), 340 cas incidents de diabète de type 2 ont été identifiés.
Des associations positives ont été retrouvées entre la composante NMF 1 (reflétant l’exposition la plus forte à plusieurs pesticides de synthèse) et le risque de diabète de type 2 sur l’échantillon complet : HRQ5vsQ1 = 1,47, 95% CI (1,00 ; 2,18). La composante NMF 3 (reflétant une exposition faible aux pesticides de synthèse) était associée à un plus faible risque de diabète de type 2, uniquement chez les participants adhérant fortement aux dernières recommandations nutritionnelles françaises (qualité de l’alimentation élevée, y compris une consommation élevée d’aliments végétaux) : HRQ5vsQ1=0,31, IC 95% (0,10 ; 0,94).
Conclusion
Ces résultats mettent en évidence un rôle potentiel de l'exposition à certains mélanges de
pesticides avec des effets différents selon le mélange auquel les participants sont exposés. Ces associations doivent être confirmées dans d'autres types d'études et dans d'autres contextes. Ces résultats pourraient avoir des implications importantes pour le développement de stratégies de prévention, par le biais de réglementations ou de recommandations nutritionnelles.
Étude sur l'apport en macronutriments en fonction de l'état de santé mentale : focus sur la comorbidité de l'anxiété et des troubles du comportement alimentaire
Junko Kose, Indira Paz Graniel, Sandrine Péneau, Chantal Julia, Serge Hercberg, Pilar Galan, Mathilde Touvier, Valentina A. Andreeva
Lien d’accès à la publication : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35678893/
Résumé
Objectif : Les études suggèrent que les troubles du comportement alimentaire (TCA) et l'anxiété ont des impacts sur les choix alimentaires. De plus, l'anxiété semble augmenter les symptômes et la sévérité des TCA. L’objectif de cette étude était de comparer les apports en macronutriments en fonction de l'état de santé mentale lié à l’anxiété et aux TCA.
Méthodes : N = 24 771 participants (74% de femmes, âge moyen = 53,2 ± 13,7 ans) de la cohorte NutriNet-Santé, qui ont rempli une fois la sous-échelle trait du questionnaire d’anxiété générale de Spielberger (STAI-T ; score de 20 à 80 ; anxiété élevée ≥ 40 points) entre 2013 et 2016 et le questionnaire SCOFF de dépistage des TCA en 2014 ont été inclus dans les analyses. L'algorithme Expali a été appliqué pour catégoriser les types de TCA (pas de TCA, restrictif : RS, boulimique : BL, hyperphagique : HP, autres TCA). Les participants ont été répartis en dix groupes en croisant leur statut d'anxiété (deux groupes : faible ou élevée) et leur statut de TCA (cinq groupes). Les apports en macronutriments ont été évalués à partir de ≥ 3 enregistrements de 24h. Des analyses de covariance (ANCOVA) et des tests de Dunnett-Hsu (référence = aucun trouble) ont été réalisés.
Résultats : Des différences dans les résultats ont été observées entre les cas comorbides et non-comorbides, en particulier pour RS et HP. En comparaison avec le groupe « aucun trouble », des apports plus élevés en glucides totaux, en sucres simples et en protéines végétales, des apports plus faibles en lipides, en acides gras saturés et monoinsaturés et en cholestérol ont été observés dans le groupe « comorbidité anxiété + RS », mais pas dans le groupe « seulement RS ». En revanche, en comparaison avec le groupe « aucun trouble », des apports plus faibles en sucres ajoutés et en protéines végétales, ainsi qu'un apport plus élevé en cholestérol ont été observés dans le groupe « seulement HP », mais pas dans le groupe « comorbidité anxiété + HP ». Pour BL et autres TCA, des résultats similaires ont été observés entre les cas comorbides et non-comorbides.
Conclusion : Cette étude épidémiologique a démontré des différences dans les apports en macronutriments en fonction de l’état de santé mentale lié à l’anxiété et aux TCA. Les différences entre les cas comorbides et non-comorbides dépendaient du type de TCA. De futures études prospectives et des études avec des mesures cliniques sont nécessaires pour élucider la causalité ainsi que la modification potentielle de l'effet des associations observées.
Exposome Profiles and Asthma among French adults.
Guillien A, Bédard A, Dumas O, Allegre J, Arnault N, Bochaton A, Druesne-Pecollo N, Dumay D, Fezeu LK, Hercberg S, Le Moual N, Pilkington H, Rican S, Sit G, Szabo de Edelenyi F, Touvier M, Galan P, Feuillet T, Varraso R, Siroux V
Am J Respir Crit Care Med. 2022 Jul 11.
Lien Pubmed : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35816632/
Introduction : Alors que les études précédentes en épidémiologie environnementale se sont principalement concentrées sur une seule ou quelques expositions, une approche holistique combinant de multiples facteurs de risque est nécessaire pour comprendre l'étiologie de maladies multifactorielles telles que l'asthme. L’objectif de cette étude était d’étudier l'association entre de multiples facteurs liés au statut socio-économique, à l'environnement extérieur, à l'environnement au début de la vie, au mode de vie et l'asthme.
Méthodes : L’étude porte sur 20 833 adultes de la cohorte française NutriNet-Santé (âge moyen : 56,2 ± 13,2 ans, 72% de femmes). Deux phénotypes d’asthme évalués par questionnaire ont été considérés : un score de symptômes de l'asthme (de 0 à 5) et un phénotype intégrant le contrôle de l'asthme (jamais d'asthme, asthme contrôlé et asthme non contrôlé). L'exposome (n=87 facteurs) couvrait quatre domaines : socio-économique, environnement externe, environnement au début de la vie et mode de vie-anthropométrie. Des analyses en clusters ont été réalisées dans chaque domaine de l'exposome, et les profils identifiés ont été étudiés en association avec les phénotypes de l'asthme dans des modèles de régression binomiale négative (score de symptômes de l'asthme) ou logistique multinomiale (contrôle de l'asthme).
Résultats : Au total, 5 546 (27%) individus avaient un score de symptômes d'asthme ≥1, et parmi ceux qui déclaraient avoir de l’asthme 1 206 (6%) et 194 (1%) avaient un asthme contrôlé et non contrôlé, respectivement. Les analyses suggèrent que l’exposition à trois profils d’expositions précoces, principalement caractérisés par l’exposition au tabagisme passif, la fréquentation de crèche, le fait de ne pas grandir en milieu rural, la taille de la fratrie élevée (≥2) et l’allaitement, puis à un profil d’habitudes de vie, principalement caractérisé par une alimentation déséquilibrée, un tabagisme élevé et un indice de masse corporelle excessif était associé à un risque augmenté d’asthme.
Conclusions : Cette étude, qui a analysé un large nombre d’expositions simultanément à travers des profils d’exposition, est une des toutes premières mises en œuvre de l’approche exposome en santé respiratoire de l’adulte. Les résultats suggèrent que des combinaisons spécifiques d’expositions précoces d’une part et de facteurs associés aux habitudes de vie d’autres part sont associés à un risque augmenté d’asthme chez les adultes. Ces résultats soutiennent l'importance des programmes multi-interventionnels pour la prévention primaire et secondaire de l'asthme, y compris le contrôle des facteurs de risque spécifiques au début de la vie et la promotion d'un mode de vie sain à l'âge adulte.
Publications scientifiques de la cohorte NutriNet-Santé : Janvier-Avril 2022
Figueiredo N, Kose J, Srour B et al. Ultra-processed food intake and eating disorders: Cross-sectional associations among French adults. J Behav Addict. 2022. doi: 10.1556/2006.2022.00009.
Lien : https://akjournals.com/view/journals/2006/aop/article-10.1556-2006.2022.00009/article-10.1556-2006.2022.00009.xml
Consommation d'aliments ultra-transformés et troubles du comportement alimentaire :
Associations transversales chez les adultes français
Natasha Figueiredo*, Junko Kose*, Bernard Srour, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Sandrine Péneau, Benjamin Allès, Indira Paz Graniel, Eloi Chazelas, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Charlotte Debras, Serge Hercberg, Pilar Galan, Carlos A Monteiro, Mathilde Touvier, Valentina A. Andreeva.
*Natasha Figueiredo et Junko Kose ont contribué à parts égales à ce travail et doivent être considérés comme premières auteures
Résumé
Contexte : Le lien entre la consommation d'aliments ultra-transformés (AUT) et les troubles du comportement alimentaire (TCA) n’est pas très connu. L’objectif était donc d’étudier si la consommation d'aliments ultra-transformés était associée à différents types de TCA dans un grand échantillon issu de la population générale.
Méthodes : 43 993 participants (âge moyen = 51,0 ans ; 76,1 % de femmes) de la web-cohorte NutriNet-Santé ont été dépistés pour les TCA en 2014 via le questionnaire Sick-Control-One stone-Fat-Food (SCOFF). L'outil d'algorithme ExpaliTM a été utilisé pour identifier quatre types de TCA : restrictif, boulimique, hyperphagique et autres (TCA non-spécifiques). L'apport alimentaire moyen a été estimé à partir d'au moins 2 enregistrements de 24 heures auto-administrés (2013-2015) ; la catégorisation des aliments comme ultra-transformés ou non s'est basée sur la classification NOVA. Les associations entre l'apport en AUT (en pourcentage de la quantité d'AUT (g/j) parmi les aliments consommés, %AUT) et les types de TCA ont été évaluées par les modèles de régression logistique multi-ajustés.
Résultats : 5 967 participants (13,6 %) ont été classés comme étant susceptibles de souffrir de TCA (restrictif n = 444 ; boulimique n = 1 575 ; hyperphagique n = 3 124 ; autres n = 824). Les analyses principales ont révélé des associations positives entre l'apport en AUT et les types de TCA : boulimique, hyperphagique et autres. Les Odds Ratio pour une augmentation absolue de 10 points de pourcentage de l’AUT étaient respectivement de 1,08 (1,01-1,14 ; P = 0,02), 1,21 (1,16-1,26 ; P < 0,0001) et 1,11 (1,02-1,20 ; P = 0,02). Aucune association significative n'a été observée pour les TCA de type restrictif.
Conclusion : Cette étude a révélé des associations entre l'apport en AUT et différents types de TCA chez les adultes français. Des recherches futures sont nécessaires pour élucider la direction des associations observées.
Paz-Graniel I, Kose J, Babio N et al. Caffeine Intake and Its Sex-Specific Association with General Anxiety: A Cross-Sectional Analysis among General Population Adults. Nutrients. 2022;14(6):1242. doi: 10.3390/nu14061242.
Lien : https://www.mdpi.com/2072-6643/14/6/1242
La consommation de caféine et son association spécifique au sexe avec l'anxiété générale : analyse transversale chez les adultes de la population générale
Indira Paz-Graniel, Junko Kose, Nancy Babio, Serge Hercberg, Pilar Galan, Mathilde Touvier, Jordi Salas-Salvadó, Valentina A. Andreeva.
Contexte : La caféine est l'un des stimulants psychoactifs les plus consommés dans le monde. Il a été suggéré que la consommation de caféine à fortes doses peut induire l'anxiété. Toutefois, les études sur la consommation faible à modérée de caféine sont rares et les résultats sont incohérents. L’objectif de cette étude était d’évaluer l'association entre la consommation de caféine et l'anxiété générale chez des adultes recrutés dans la population générale.
Méthodes : Les participants de la web-cohorte NutriNet-Santé disposant de données sur la consommation de caféine et l'anxiété générale (évaluée entre 2013 et 2016 par la sous-échelle de trait du questionnaire d’anxiété générale de Spielberger forme Y ; STAI-T, score ≥ 4ème quartile spécifique au sexe = anxiété élevée) ont été inclus dans cette analyse transversale (n = 24 197 ; 74,1 % de femmes ; âge moyen = 53,7 ± 13,9 ans). L'apport alimentaire moyen a été estimé à partir de ≥ 2 enregistrements de 24 heures auto-déclarés. Le lien entre la consommation de caféine (les tertiles spécifiques au sexe) et l'anxiété trait faible/élevée a été évalué par des modèles de régression logistique multi-ajustés en fonction du sexe.
Résultats : La consommation moyenne de caféine provenant de toutes les sources alimentaires était de 220,6 ± 165,0 (en mg/j, femmes = 212,4 ± 159,6 ; hommes = 243,8 ± 177,7 ; p < 0,01). Les femmes au 3ème tertile de consommation de caféine présentaient une probabilité significativement plus élevée d’anxiété élevée par rapport à celles au 1er tertile (référence), même après ajustement des facteurs de confusion potentiels : Odds Ratio (OR) = 1,13 ; Intervalle de Confiance (IC) à 95 % 1,03-1,23. Aucune association significative n'a été observée chez les hommes. Les analyses de sensibilité en fonction du niveau de stress perçu et de la consommation de sucre, respectivement, ont révélé des résultats similaires.
Conclusions : Les résultats suggèrent qu'une consommation plus importante de caféine est associée à une probabilité plus élevée d'anxiété générale élevée chez les femmes, mais pas chez les hommes. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer les résultats spécifiques au sexe et élucider la relation de cause à effet potentielle entre la consommation de caféine et l'état d'anxiété.
Debras C, Chazelas E, Srour B, et al. Artificial sweeteners and cancer risk: Results from the NutriNet-Santé population-based cohort study. PLoS Med. 2022 Mar 24;19(3):e1003950. doi: 10.1371/journal.pmed.1003950. PMID: 35324894; PMCID: PMC8946744.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35324894/
Édulcorants artificiels et risque de cancer : résultats de l'étude de cohorte en population NutriNet-Santé
Charlotte Debras, Eloi Chazelas, Bernard Srour, Nathalie Druesne-Pecollo, Younes Esseddik, Fabien Szabo de Edelenyi, Cédric Agaësse, Alexandre De Sa, Rebecca Lutchia, Stéphane Gigandet, Inge Huybrechts, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Benjamin Allès, Valentina A Andreeva, Pilar Galan, Serge Hercberg, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Mathilde Touvier
Contexte : L'industrie alimentaire utilise des édulcorants artificiels dans une large gamme d'aliments et de boissons comme alternative aux sucres ajoutés dont les effets délétères sur plusieurs maladies chroniques sont maintenant bien établis. La sécurité de ces additifs alimentaires fait l'objet d'un débat, avec des résultats contradictoires concernant leur rôle dans l'étiologie de diverses maladies. En particulier, leur cancérogénicité a été suggérée par plusieurs études expérimentales mais des preuves épidémiologiques solides font défaut. Ainsi, notre objectif était d'étudier les associations entre les apports en édulcorants artificiels (dans l’ensemble, provenant de toutes les sources alimentaires, et les plus fréquemment consommés : aspartame E951, acésulfame-K E950 et sucralose E955) et le risque de cancer (toutes localisations et par site).
Méthodes et résultats : Au total, 102 865 adultes de la cohorte française NutriNet-Santé (2009-2021) ont été inclus (durée médiane de suivi = 7,8 ans). Les apports alimentaires et la consommation d'édulcorants ont été obtenus par des enregistrements alimentaires répétés de 24h incluant les noms des marques des produits industriels. Les associations entre les édulcorants et l'incidence du cancer ont été évaluées par des modèles de Cox ajustés sur l'âge, le sexe, l'éducation, l'activité physique, le tabagisme, l'indice de masse corporelle, la taille, la prise de poids pendant le suivi, le diabète, les antécédents familiaux de cancer, les apports initiaux en énergie, alcool, sodium, acides gras saturés, fibres, sucre, aliments complets et produits laitiers.Par rapport aux non-consommateurs, les plus grands consommateurs d'édulcorants artificiels (participants dont la consommation est supérieure à la médiane) présentaient un risque plus élevé de cancer global (n=3358 cas, Hazard Ratio (HR)=1,13, intervalle de confiance à 95%=1,03 à 1.25, P-tendance=0,002). En particulier, l'aspartame (HR=1,15 (1,03 à 1.28) P=0,002) et l'acésulfame-K (HR=1,13 (1,01 à 1.26 P=0,007) étaient associés à un risque accru de cancer. Des risques plus élevés ont également été observés pour le cancer du sein (n=979 cas, HR=2 (1,01 à 1,48) P=0,036 pour l'aspartame) et les cancers liés à l'obésité (n=2023 cas, HR=1,13 (1,00 à 1.28) P=0,036 pour les édulcorants artificiels totaux et HR=1,15 (1,01 à 1,32) P=0,026 pour l'aspartame). Les limites de cette étude incluent un biais de sélection potentiel, une confusion résiduelle et une causalité inverse, bien que des analyses de sensibilité aient été effectuées pour répondre à ces préoccupations.
Conclusions : Dans cette vaste étude de cohorte, les édulcorants artificiels (en particulier l'aspartame et l'acésulfame-K), qui sont utilisés dans de nombreuses marques d'aliments et de boissons dans le monde, ont été associés à un risque accru de cancer. Ces résultats fournissent de nouvelles informations importantes pour la réévaluation en cours des édulcorants par l'Autorité européenne de sécurité des aliments et d'autres agences de santé dans le monde.
Association entre les traits psychologiques positifs et les changements de comportement alimentaire durant le premier confinement lié au COVID-19 : une étude en population générale
Auteurs : M. Robert, M. Deschasaux-Tanguy, R. Shankland, N. Druesne-Pecollo, Y. Esseddik, F. Szabo de Edelenyi, J. Baudry, P. Galan, S. Hercberg, M. Touvier, S. Péneau, Groupe d’étude SAPRIS.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34958832/
Introduction : La propagation du coronavirus (COVID-19) a conduit de nombreux pays à mettre en place des mesures de confinement, entrainant des changements dans les comportements alimentaires. Ces changements sont susceptibles de persister à long terme et avoir des conséquences sur la santé. Les traits psychologiques pourraient avoir un impact sur ces changements étant donné leur association avec le comportement alimentaire. Nous avons cherché à déterminer si les traits psychologiques positifs étaient associés aux changements de comportement en matière de grignotage et de consommation alimentaire observés pendant la première période de confinement.
Méthodes : En 2016, les niveaux d'optimisme, de résilience, d'estime de soi, de satisfaction de la vie, de pleine conscience et de maîtrise ont été évalués chez 33 766 adultes de la cohorte NutriNet-Santé. Le grignotage et la consommation de groupes d'aliments ont été évalués entre avril et mai 2020. Les associations entre les traits psychologiques et les changements (pas de changement, augmentation, diminution) de grignotage et de consommation de groupes alimentaires ont été évaluées à l'aide de régressions logistiques. Une analyse des correspondances multiples suivie d'une classification hiérarchique ascendante ont été utilisées pour dériver des groupes de comportements alimentaires. Des analyses de covariance ont été utilisées pour comparer les scores moyens des traits psychologiques entre les groupes. Les analyses ont été ajustées en fonction des caractéristiques sociodémographiques et de mode de vie, de l'anxiété et de la symptomatologie dépressive.
Résultats : Les participants avec des niveaux plus élevés d'optimisme, de résilience, d'estime de soi, de satisfaction de la vie, de pleine conscience ou de maîtrise ont été moins susceptibles de modifier leur comportement de grignotage et leur consommation de divers groupes d'aliments lors du confinement. Les individus présentant des niveaux plus faibles étaient plus susceptibles de faire des changements, qu'ils soient défavorables (par exemple, moins de fruits et légumes, plus de charcuterie) ou favorables (par exemple, plus de pâtes/riz (céréales complètes)). Dans l'ensemble, les individus présentaient des niveaux plus élevés de traits psychologiques positifs dans le groupe "aucun changement de comportement alimentaire", suivi du groupe "changements favorables" et du groupe "changements défavorables" (p < 0,05).
Conclusions : Nos résultats suggèrent que les personnes présentant des niveaux plus élevés d'optimisme, de résilience, d'estime de soi, de satisfaction avec la vie, de pleine conscience ou de maîtrise auraient été moins affectées par le confinement en termes de comportements alimentaires.
La résilience est associée à une diminution des troubles du comportement alimentaire au cours du temps dans la cohorte NutriNet-Santé
Margaux Robert, Rebecca Shankland, Valentina A. Andreeva, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Emmanuelle Kesse-Guyot, Alice Bellicha, Christophe Leys, Serge Hercberg , Mathilde Touvier, Sandrine Péneau.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35162494/
Introduction : La résilience est un trait psychologique positif associé à un plus faible risque de certaines maladies chroniques physiques et mentales et pourrait être un facteur de protection important pour les troubles du comportement alimentaire (TCA). L'objectif de cette étude était d'évaluer les associations transversales et longitudinales entre la résilience et les TCA dans une grande cohorte d'adultes français.
Méthodes : En 2017, un total de 25 000 adultes de la cohorte NutriNet- Santé ont rempli la Brief Resilience Scale (BRS), mesurant la résilience. Les symptômes de TCA ont été mesurés en 2017 et 2020, avec le questionnaire Sick-Control-One-Fat-Food (SCOFF). Les associations transversales et longitudinales entre la résilience et les TCA ont été analysées à l'aide de régressions logistiques, en ajustant sur les caractéristiques sociodémographiques et le mode de vie.
Résultats : Les analyses transversales ont montré que les participants plus résilients présentaient moins fréquemment de TCA que les participants moins résilients (p < 0,0001). Les analyses longitudinales ont montré qu'au cours des trois années de suivi, une résilience plus élevée était négativement associée aux TCA incidents (OR : 0.67, IC95% : 0.61-0.74), aux TCA persistants (0.46 (0.42-0.51)), et aux TCA intermittents (0.66 (0.62-0.71)), par rapport à l'absence de TCA. Les participants les plus résilients étaient également moins susceptibles d'avoir un TCA persistant que de se rétablir d'une TCA (0,73 (0,65-0,82)).
Conclusion : Cette étude a montré que la résilience était associée à une diminution des TCA au cours du temps et à une plus grande probabilité de guérison.
Nitrites et nitrates provenant d'additifs alimentaires et de sources naturelles et risque de cancer : résultats de la cohorte NutriNet-Santé.
Eloi Chazelas, Fabrice Pierre, Nathalie Druesne-Pecollo, Younes Esseddik, Fabien Szabo de Edelenyi, Cédric Agaesse, Alexandre De Sa, Rebecca Lutchia, Stéphane Gigandet, Bernard Srour, Charlotte Debras, Inge Huybrechts, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Benjamin Allès, Pilar Galan, Serge Hercberg, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Mathilde Touvier.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35303088/
Contexte : Les nitrates et les nitrites sont présents à l'état naturel dans l'eau et le sol et sont couramment ingérés à partir de l'eau potable et de sources alimentaires. Ils sont également utilisés comme additifs alimentaires dans les charcuteries pour augmenter la durée de conservation et éviter la croissance bactérienne. Ces composés pourraient jouer un rôle dans la cancérogénicité de la charcuterie.
Objectif : Étudier la relation entre les apports en nitrates et nitrites (en distinguant les sources alimentaires naturelles, l'eau et les additifs alimentaires) et le risque de cancer dans une grande cohorte prospective avec une évaluation détaillée et actualisée du régime alimentaire.
Conception : Au total, 101 056 adultes de l'étude de cohorte française NutriNet-Santé (2009-en cours) ont été inclus. La consommation de nitrites et de nitrates a été évaluée à l'aide d'enregistrements alimentaires répétés sur 24 heures, reliés à une base de données complète sur la composition des aliments et tenant compte des détails des noms commerciaux/marques des produits industriels. Les associations entre les expositions aux nitrites et aux nitrates et le risque de cancer (global et par principales localisations cancéreuses) ont été évaluées par des modèles de Cox ajustés pour les facteurs de risque connus.
Résultats : Au cours du suivi, 3311 premiers cas de cancers incidents ont été diagnostiqués (dont 966 cancers du sein et 400 de la prostate). Par rapport aux non-consommateurs, les plus grands consommateurs de nitrates provenant d'additifs alimentaires avaient un risque plus élevé de cancer du sein (HR=1,24 (1,03-1,48), P=0,02) ; ceci était plus spécifiquement observé pour le nitrate de potassium (e252, HR=1,25 (1,04-1,50), P=0,01). Les plus grands consommateurs de nitrites provenant d'additifs alimentaires avaient un risque plus élevé de cancer de la prostate (HR=1,58 (1,14-2,18), P=0,008), en particulier pour le nitrite de sodium (e250, HR=1,62 (1,17-2,25), P=0,004). Aucune association significative n'a été observée pour les nitrates et les nitrites provenant de sources naturelles.
Conclusions : Dans cette grande cohorte prospective, les additifs nitratés étaient positivement associés au risque de cancer du sein et les additifs nitrités étaient positivement associés au risque de cancer de la prostate. Bien que ces résultats doivent être confirmés par d'autres études prospectives à grande échelle, ils apportent de nouvelles informations dans un contexte de débat animé autour de l'interdiction des additifs nitrités dans l'industrie alimentaire.
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