« Jetlag alimentaire » et risque de maladies cardiovasculaires dans la cohorte NutriNet-Santé
Xuân Le Folcalvez, Elena Obeid, Anna Palomar-Cros, Léopold K. Fezeu, Laurent Bourhis, Alice Bellicha, Sandrine Péneau, Valérie Deschamps, Mélanie Deschasaux-Tanguy, Mathilde Touvier, Serge Hercberg, Chantal Julia, Emmanuelle Kesse-Guyot, Valentina A. Andreeva, Camille Lassale, Alexandra Montagner, Hervé Guillou,, David Jacobi, Bernard Srour
Le Folcalvez X, Obeid E, Palomar-Cros A, Fezeu LK, Bourhis L, Bellicha A, Péneau S, Deschamps V, Deschasaux-Tanguy M, Touvier M, Hercberg S, Julia C, Kesse-Guyot E, Andreeva VA, Lassale C, Montagner A, Guillou H, Jacobi D, Srour B. Eating jetlag based on meal timing discrepancies and risk of cardiovascular disease using the prospective cohort NutriNet-Santé. Commun Med (Lond). 2026 Sep 1;6(1):453. doi: 10.1038/s43856-026-01758-5. PMID: 42680779; PMCID: PMC13534549.
Contexte
Les horaires de travail fixes contraignent souvent les individus à adapter leurs rythmes alimentaires au cours de la semaine, créant un décalage entre les jours de semaine et les week-ends, qualifié de « jetlag alimentaire ». Ce phénomène peut perturber les horloges biologiques et les rythmes circadiens. Étant donné qu’il a été démontré que la perturbation des rythmes circadiens entraîne des complications cardiométaboliques, nous avons cherché à évaluer l’association entre le jetlag alimentaire et le risque de maladies cardiovasculaires dans la cohorte française NutriNet-Santé.
Méthodes
Les données de 104 806 participants (79 % de femmes, âge moyen = 42,7 ans [ET 14,6]) ont été recueillies dans la cohorte prospective NutriNet-Santé (2009-2023). Les maladies cardiovasculaires ont été déclarées par les participants puis validées à l’aide des dossiers médicaux. L’intensité du jetlag alimentaire a été calculée à partir des horaires du premier et du dernier apports caloriques relevés dans des enregistrements alimentaires répétés de 24 heures (5,8 [ET 3,2] enregistrements en moyenne), comme la différence absolue entre les week-ends et les jours de semaine. Son association avec le risque de maladies cardiovasculaires a été évaluée à l’aide de modèles de Cox multivariables ajustés. La direction du jetlag alimentaire a été étudiée selon trois catégories : « Avance », « Maintien » et « Retard », en comparant les week-ends aux jours de semaine.
Résultats
Au cours d’un suivi médian de 8,1 ans, le jetlag alimentaire a été associé, chez les participants masculins, à un risque accru de maladies cardiovasculaires (HR = 1,14 [1,05–1,23]) et de maladies coronariennes (HR = 1,21 [1,11–1,33]). Chez les hommes, les participants du groupe « Avance » présentaient un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires et coronariennes (HR = 1,44 [1,08–1,93] et HR = 1,68 [1,19–2,39], respectivement) par rapport à ceux du groupe « Maintien », tandis que ceux du groupe « Retard » présentaient un risque plus élevé de maladies coronariennes (HR = 1,36 [1,05–1,77]).
Conclusion
Nos résultats suggèrent que la régularité des horaires des repas entre les week-ends et les jours de semaine pourrait jouer un rôle dans l’étiologie des maladies cardiovasculaires, indépendamment de la durée du sommeil et de la qualité de l’alimentation, en particulier chez les hommes. Si ces résultats sont confirmés par d’autres études, la régularité des horaires des repas pourrait constituer une stratégie de prévention permettant de réduire le risque de maladies cardiovasculaires.
Enregistrement de l’essai
NCT03335644.