Les indicateurs socio-économiques sont indépendamment associés aux consommations d’aliments d’origine animale chez les adultes français

Public Health Nutr. 2016 19(17):3146-57

Méjean C, Si Hassen W, Lecossais C, Allès B, Péneau S, Hercberg S, Castetbon K.

La réduction de la consommation d’aliments d'origine animale étant un défi actuel de santé publique, une meilleure compréhension des relations spécifiques de l'éducation, de la profession et du revenu avec leur consommation est utile. Nous avons donc étudié les associations indépendantes de chaque indicateur avec les consommations de différents aliments d’origine animale et leur effet modificateur.

Dans cette étude transversale, les consommations d’aliments d’origine animale ont été estimées chez 92036 adultes inclus dans l'étude NutriNet-Santé par 3 enregistrements alimentaires de 24 h. Les associations entre les facteurs socio-économiques et les consommations d’aliments d’origine animale et les interactions entre les indicateurs socio-économiques ont été évaluées par des analyses de covariance ajustées sur l’âge et l’apport énergétique. Les analyses ont été réalisées séparément chez les hommes et les femmes du fait d’interactions significatives observées.

Les personnes avec un faible niveau d’éducation avaient des consommations plus élevés en viande rouge (+ 9-12 g/j), charcuterie (+ 6-9 g/j) et volaille (chez les hommes, + 7 g/j) comparés à ceux de niveau d’éducation plus élevé. Le pourcentage de consommateurs de poisson était plus faible dans les catégories de revenus les plus faibles comparées à celles plus élevées. Les ouvriers avaient des consommations de crèmes desserts plus élevés (chez les hommes, + 14 g/j) que les cadres. Quelques interactions significatives ont été observées. Les analyses stratifiées sur le niveau d’éducation montrent que les sujets ayant les revenus les plus élevés consomment plus de yaourts que ceux ayant de plus faibles revenus, seulement chez les personnes de faible niveau d’éducation.

Les disparités socio-économiques des consommations d’aliments d’origine animale varient en fonction de l’indicateur socio-économique, suggérant une influence spécifique de chaque indicateur sur l’apport en aliments d’origine animale. En particulier, un niveau d’éducation faible est associé à des consommations plus élevés en viande rouge, charcuterie et crèmes desserts, et avait un effet modificateur sur l’association entre les revenus et les consommations d’aliments d’origine animale.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27373677





Que sait ou croit savoir la population à propos de la vitamine D ?

Nutrients. 2016 8(11):e718

Deschasaux M, Souberbielle JC, Partula V, Lécuyer L, Gonzalez R, Srour B, Guinot C, Malvy D, Latino-Martel P, Druesne-Pecollo N, Galan P, Hercberg S, Kesse-Guyot E, Fassier P, Ezzedine K, Touvier M.

La population a été exposée à de nombreuses informations sur la vitamine D, suggérant que la vitamine D pourrait jouer un rôle sur la santé, suscitant donc un intérêt pour l’insuffisance en vitamine D. Que sait réellement la population à ce sujet ?

Dans une étude transversale, nous avons investigué les connaissances et les opinions liées à la vitamine D chez 59 273 adultes français (cohorte NutriNet-Santé) via un questionnaire spécifique portant sur différents aspects de la vitamine D, comme par exemple les sources d’information, les sources de vitamine D, les effets santé de la vitamine D et l’opinion vis-à-vis du statut en vitamine D. Les réponses à ce questionnaire ont été pondérées en fonction de la distribution sociodémographique française et comparées en termes de caractéristiques individuelles (ex : sexe, âge, niveau d’éducation, revenu) en utilisant des tests χ².

Les médecins et les médias ont été identifiés comme les informateurs principaux. Les participants n’ont pas toujours cité précisément les sources de vitamine D (ex : 72 % seulement pour l’exposition au soleil, poisson gras : 61 %) ou les effets santé établis (ex : santé des os : 62-78 %). En revanche, ils ont mentionné des sources incorrectes (ex : poulet) et des effets santé pour lesquels il n’y a actuellement pas de consensus (ex : cancer, maladies cardiovasculaires ou cognitives). Globalement, un meilleur niveau de connaissance était observé chez les femmes, les participants plus éduqués, ceux avec un meilleur niveau de revenu, et lorsque le médecin était cité comme source d’information. Une forte incohérence a également été observée entre le statut réel en vitamine D des participants (concentration plasmatique en 25-hydroxyvitamine D) et leur opinion à ce sujet : par exemple, 16 % seulement de ceux présentant une insuffisance en vitamine D (statut en vitamine D < 20 ng/ml) pensaient avoir un statut en vitamine D trop bas et seuls 30 % de ceux qui pensaient avoir un statut en vitamine D trop bas présentaient effectivement une insuffisance en vitamine D. Cette étude, la 1ère en Europe sur un large échantillon, montre le besoin de supports de communication simples et actualisés sur les sources et les effets santé de la vitamine D pour la population générale et les professionnels de santé.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27845705





Comparaison des apports alimentaires dans la cohorte web NutriNet-Santé avec les données représentatives françaises de l'étude ENNS : la question de la généralisabilité dans l'e-epidemiology

Am J Epidemiol. 2016 184(9):660-9

Andreeva VA, Deschamps V, Salanave B, Castetbon K, Verdot C, Kesse-Guyot E, Hercberg S

Nous avons comparé les apports alimentaires entre la cohorte Web NutriNet-Santé et une enquête représentative au niveau national (Etude Nationale Nutrition Santé, ENNS). Nous avons étudié 49 443 volontaires français âgés de 18 à 74 ans recrutés en 2009-2010. L’étude ENNS (2006-2007), avec un échantillon national représentatif de 2 754 adultes français âgés de 18 à 74 ans, a servi de référence. Les données récoltées grâce aux rappels alimentaires de 24 h ont été pondérées et comparées entre les deux études via des tests t de Student. Nous avons observé des apports alimentaires très similaires en ce qui concerne les glucides, les lipides totaux, les protéines et l'énergie totale. Cependant, la consommation de fruits et légumes, de fibres, de vitamines B6, B9, C, D, E, de fer et de magnésium était plus élevée tandis que la consommation d'alcool et de boissons non alcoolisées était plus faible dans la cohorte Web que dans l’étude ENNS. Des différences par sexe ont été observées en ce qui concerne les vitamines A et B12, le zinc et le potassium. De vraies différences entre les apports alimentaires ainsi que le biais lié au bénévolat peuvent chacun contribuer à expliquer ces résultats.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27744386





Les dimensions de l’alimentation intuitive sont associées de façon différentielle aux apports alimentaires dans la population générale de l’étude NutriNet-Santé

J Nutr. 2017 147(1):61-69

Camilleri GM, Méjean C, Bellisle F, Andreeva VA, Kesse-Guyot E, Hercberg S, Péneau S.

L’alimentation intuitive est caractérisée par le fait de manger en réponse aux signaux de faim ou de satiété plutôt qu’aux signaux émotionnels, sans s’interdire d’aliments spécifiques. Les données suggèrent une association inverse entre l’alimentation intuitive et le poids, mais très peu de données sont disponibles sur l’association entre l’alimentation intuitive et les apports alimentaires.

L’objectif était d’étudier la relation entre l’alimentation intuitive et la consommation alimentaire dans un grand échantillon d’adultes issus de la population générale.

Un total de 9581 hommes et 31955 femmes âgés de plus de 18 ans participant à la cohorte NutriNet-Santé ont été inclus dans cette analyse transversale. L’alimentation intuitive  a été estimée en utilisant une version française validée de l’« Intuitive Eating Scale-2 » (modélisée en quartiles). Les apports alimentaires ont été estimés à partir d’au moins 6 enregistrements alimentaires de 24 h auto-déclarés (2009-2015). Les associations entre les différents dimensions de l’alimentation intuitive (Manger pour des raisons physiques plutôt qu’émotionnelles « Raisons physiques », Dépendance aux signaux de faim ou de satiété « Signaux » ; Permission inconditionnelle de manger « Permission ») et les apports alimentaires ont été évaluée avec des modèles de régression logistique multinomiale.

Chez les femmes, des scores aux sous dimensions « Raisons physiques » et « Signaux » plus élevés étaient associés à un apport énergétique plus faible (P < 0,0001). Un score de « Raisons physiques » plus élevé était associé à des apports plus faibles en aliments sucrés et gras chez les femmes (143 g/j dans le quartile 1 comparé à 124 g/j dans le quartile 4) et chez les hommes (153 comparé à 138 g/j), et à des apports plus faibles en produits laitiers et viande, poisson, et œufs chez les femmes (P < 0,0001). Un score de « Signaux » plus élevé était associé à des apports plus faibles en produits laitiers, viande, poisson, et œufs chez les hommes et femmes, et à un apport plus élevé en céréales complètes chez les femmes (P < 0,0001). A l’inverse, des scores de  »Permission » plus élevés étaient associés à un apport énergétique plus élevé et à des apports alimentaires moins favorables à la santé incluant des apports plus faibles en fruits, légumes, et céréales complètes (P < 0,0001).

Les dimensions de l’alimentation intuitive « Raisons physiques » et « Signaux » étaient associées à des apports alimentaires globalement plus favorables à la santé tandis que la dimension « Permissioné était associée à des apports moins favorables à la santé. Ces résultats suggèrent l’intérêt de développer des stratégies nutritionnelles de santé publique qui encouragent le fait de manger en réponse aux signaux de faim et de satiété.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27798333





Les enseignements tirés de la recherche de validation méthodologique en E-épidémiologie

JMIR Public Health Surveill. 2016 2(2):e160

Kesse-Guyot E, Assmann K, Andreeva V, Castetbon K, Méjean C, Touvier M, Salanave B, Deschamps V, Péneau S, Fezeu L, Julia C, Allès B, Galan P, Hercberg S.

Les méthodes traditionnelles de recherche épidémiologique présentent une charge important sur le plan logistique, humain et financier. Le développement d’outils numériques innovants présente un  potentiel pour surmonter ces difficultés. Néanmoins, les études basées sur internet restent peu fréquentes en partie à cause des problèmes de validité et de généralisation des résultats.

L’objectif de ce travail est de résumer les résultats des études méthodologiques menées dans le cadre de l’étude NutriNet-Santé, une étude de cohorte française basée sur internet.

Sur la base des résultats issus de la cohorte sur internet NutriNet-Santé (qui compte plus de 150000 participants inclus), ont été synthétisés dans ce travail les travaux méthodologiques sur la représentativité de l’échantillon, les stratégies de recrutement favorables et la qualité des données.

Globalement, les résultats sont en faveur de l’utilité de telles études basées sur internet pour surmonter certaines limites méthodologiques dans la recherche épidémiologique, en particulier concernant la qualité des données (ex : la concordance pour la classification de l’indice de masse corporelle [IMC] était de 93 %), la réduction du biais de désirabilité social, l’accès à une large variabilité de profils de participants, incluant des sous-groupes souvent difficiles à recruter tels que les jeunes (12,30 % [15, 118/122, 912] moins de 25 ans) et les personnes âgées (6,60 % [8112/122, 912] de plus de 65 ans), les personnes sans emploi ou au foyer (12,60 % [15, 487/122, 912] et ceux faiblement éduqués (38,50 % [47, 312/122, 912]). Cependant, un biais de sélection demeure car 78,00 % [95, 871/122, 912] des participants étaient des femmes et 61,50 % [75, 590/122, 912] avaient un niveau d’études postsecondaire. Ceci est inhérent au recrutement sur la base du volontariat dans une cohorte..

Considérant l’expansion de l’accès à internet dans toutes les strates sociales, le recrutement de participants avec différents profils socio-économiques et différent niveaux d’expositions à des facteurs de risque pour la santé semble très faisable. Des recherches sur l’identification de biais spécifiques aux cohortes sur internet et la collecte de données exhaustives et valides sont nécessaires. Ce résumé des résultats méthodologiques issus de la cohorte NutriNet-Santé peut contribuer à aider les chercheurs à développer de futures études épidémiologiques sur internet.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27756715









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