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Etude des relations entre les consommations alimentaires et la température extérieure dans une étude longitudinale : une perspective de santé publique dans le contexte du réchauffement climatique

Publié le 09/09/2026

Emmanuelle Kesse-Guyot, Justine Berlivet, Emma Meyer, Chantal Julia, Léopold K. Fezeu, Mathilde Touvier, Serge Hercberg, Aline Meirhaeghe, Julia Baudry 

Kesse-Guyot E, Berlivet J, Meyer E, Julia C, Fezeu LK, Touvier M, Hercberg S, Meirhaeghe A, Baudry J. The relationship between food intake and outdoor temperature in a longitudinal study: a public health perspective in the context of global warming. Am J Clin Nutr. 2026 Jul 10:101430. doi: 10.1016/j.ajcnut.2026.101430. Epub ahead of print. PMID: 42431597.

Contexte
Le réchauffement climatique ne modifie pas seulement les paysages ou les récoltes : Il affecte également la santé humaine et la nutrition. En particulier, il pourrait aussi influencer ce que nous mettons dans notre assiette. Pourtant, les études sur ce lien entre température et comportements alimentaires restent rares à grande échelle

Objectifs
Nous avons étudié le lien entre la température extérieure et la consommation alimentaire ajustée sur l’apport calorique journalier, selon différents profils (sexe et socioéconomique), dans une étude longitudinale.

Méthodes
Cette étude a inclus 100 851 participants issus de l’étude NutriNet-Santé (2009-2023) et leurs 1 716 046 enregistrements alimentaires sur 24 heures, jumelés aux données de température maximale extérieure quotidienne à leur domicile, provenant de la station Météo-France la plus proche. Les associations ont été analysées à l’aide de modèles linéaires mixtes, avec des interactions testées selon le sexe et six profils socio-économiques (salariés, privilégiés, intermédiaires, jeunes, défavorisés et retraités), issus d’un clustering.

Résultats
Dans tous les sous-groupes, une température extérieure plus élevée était associée à une consommation accrue de fruits, de légumes, de charcuterie, de produits sucrés, d’eau, de boissons alcoolisées et de boissons sucrées, tandis que la consommation de viande rouge, de légumineuses et de produits laitiers diminuait. 
De 25°C à 35°C, l’augmentation de la consommation d’alcool avec la température était plus marquée chez les hommes (150 g/j (IC 95 % 147, 153) à 166 g/j (IC 95 % 162, 171), +11 %) que chez les femmes (101 g/j (IC 95 % 98, 103) à 107 g/j (IC 95 % 104, 109), +6 %). 
Selon les profils socio-économiques, les changements suivaient des tendances similaires, mais certaines étaient plus marquées, notamment pour les boissons alcoolisées chez les salariés (114 g/j à 130 g/j, +14 %) et les boissons sucrées chez les jeunes (56 g/j à 72 g/j, +29 %). La consommation de fruits augmentait plus modestement chez les jeunes (227 g/j à 248 g/j, +9 %) que chez les salariés (194 g/j à 227 g/j, +17 %). 
Ces variations, bien que variables en magnitude, n’étaient pas accompagnées de modifications substantielles de l’apport énergétique ou des scores de qualité globale du régime alimentaire.

Conclusions
Le message central de l'étude est celui d'un paradoxe nutritionnel de l'adaptation à la chaleur : les fortes chaleurs déclenchent à la fois des ajustements bénéfiques (moins de viande rouge, plus de fruits et légumes) et des ajustements délétères (plus d'alcool, plus de boissons sucrées), et ce second groupe de changements touche de façon disproportionnée les catégories déjà les plus vulnérables : jeunes, employés et défavorisés. 
Ces résultats soulignent l’importance de messages de prévention ciblés lorsque la température dépasse 25°C, notamment concernant les boissons alcoolisées et sucrées, et offrent un aperçu des tendances potentielles de consommation alimentaire à long terme (au-delà des variations saisonnières) dans le contexte du réchauffement climatique.


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