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Alimentation et activité physique pendant le premier confinement lié au COVID-19 en France (Mars-Mai 2020) : résultats de la cohorte NutriNet-Santé

Publié le 29/07/2021
Am J Clin Nutr. 2021 Apr 6;113(4):924-938.
Deschasaux-Tanguy M, Druesne-Pecollo N, Esseddik Y, de Edelenyi FS, Allès B, Andreeva VA, Baudry J, Charreire H, Deschamps V, Egnell M, Fezeu LK, Galan P, Julia C, Kesse-Guyot E, Latino-Martel P, Oppert JM, Péneau S, Verdot C, Hercberg S, Touvier M.

Contexte et but de l’étude : Afin de contrer l’épidémie de COVID-19 et éviter la saturation des systèmes de santé ainsi que de nombreux décès, des mesures strictes de confinement ont été adoptées par de nombreux pays au printemps 2020, entrainant des perturbations inédites de la vie quotidienne. L’objectif de notre étude était d’étudier les modifications d’alimentation, d’activité physique, de poids et d’approvisionnement alimentaire intervenues au cours du premier confinement en France (Mars-Mai 2020), et de faire le lien entre ces modifications et les caractéristiques individuelles des participants.

Méthodes : 37 252 adultes participant à la cohorte NutriNet-Santé ont rempli des questionnaires portant spécifiquement sur le confinement. Les modifications nutritionnelles (alimentation, activité physique, poids) ont été étudiées en lien avec les caractéristiques sociodémographiques et de mode de vie des participants en utilisant des modèles de régression logistique ajustés sur de nombreux facteurs. Des groupes similaires de participants ont été définis par classification hiérarchique ascendante à partir de profils de modifications nutritionnelles dérivés d’une analyse des correspondances multiples.

Résultats : Pendant le confinement, une tendance à des modifications nutritionnelles défavorables ont été observées : diminution de l’activité physique (pour 53% des participants), augmentation de la sédentarité c’est-à-dire du temps passé assis (pour 63% des participants), augmentation du grignotage, diminution de la consommation de produits frais (en particulier de fruits et de poisson) et augmentation de la consommation de sucreries, biscuits et gâteaux. Cependant, nous avons également observé des tendances inverses avec des modifications nutritionnelles plus favorables comme par exemple l’augmentation du temps passé à cuisiner (pour 40% des participants) ou l’augmentation de l’activité physique (pour 19% des participants. Ces tendances contraires e retrouvent pour le poids puisque 35% des participants ont pris du poids pendant le premier confinement (avec une prise de poids de 1.8kg (écart-type : 1.3) en moyenne chez ces participants) quand 23% des participants en ont perdu (avec une perte de poids de 2kg (écart-type : 1.4) en moyenne chez ces participants). Ces modifications favorables ou défavorables étaient le plus souvent retrouvées chez les mêmes personnes et étaient associées aux caractéristiques sociodémographiques et de mode de vie. Un profil de modifications défavorables a ainsi été observé plus souvent chez des femmes, avec de plus faibles revenus, des enfants à la maison, un plus haut niveau d’anxiété ou de symptômes dépressifs et une plus grande part d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation avant le confinement. Au contraire, un profil de modifications favorable a été observé chez des participants avec un plus haut niveau d’éducation et de revenus, en télétravail ou chômage partiel pendant le confinement, avec un plus haut niveau d’anxiété mais un plus faible niveau de symptômes dépressifs et une qualité nutritionnelle de l’alimentation plus faible avant le confinement. Enfin un profil de stabilité était observé plus souvent chez des participants plus âgés, de poids normal, vivant dans des villes petites à moyennes ou à la campagne, ayant continué à travailler en dehors du domicile pendant le confinement ou sans activité professionnelle avant le confinement, avec un plus faible niveau d’anxiété et de symptômes dépressifs et une plus grande qualité de l’alimentation avant le confinement (meilleure qualité nutritionnelle et plus faible part d’aliments ultra-transformés).

Conclusions : Ces résultats suggèrent que des modifications nutritionnelles, à la fois favorables et défavorables, ont eu lieu pendant le confinement et que ces modifications dépendaient des caractéristiques individuelles des individus, notamment sociodémographiques et de mode de vie. Les modifications défavorables observées devraient être prises en compte pour informer les futures décisions de confinement et suivies pour suivre leur évolution dans le but de prévenir une potentielle augmentation des maladies chroniques liées à la nutrition dans le futur.

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33675635/

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