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Développement et évaluation d’un indice de sécurité nutritionnelle combinant des estimations probabilistes de risques de carences

Publié le 28/12/2020
Br J Nutr. 2020 Dec 18:1-34
Salomé M, Kesse-Guyot E, Fouillet H, Touvier M, Hercberg S, Huneau JF, Mariotti F.

Introduction et but de l’étude : Il existe de nombreux indices de qualité de l’alimentation évaluant l’adhérence aux repères alimentaires, aux références nutritionnelles ou à certains régimes de référence. En revanche, il n’existe pas d’indice évaluant le risque de carence alors que 2 milliards d’individus dans le monde souffrent de carences en micronutriments. L’objectif de cette étude était de développer un indice, le SecDiet, permettant d’évaluer la sécurité nutritionnelle par l’estimation du risque de carences et d’évaluer sa validité apparente.

Matériels et méthodes : Le SecDiet repose sur les apports en 12 nutriments pour lesquels des manifestations cliniques de carences dues à des insuffisances d’apports sont décrites dans la population générale adulte : vitamines A, B1, B2, B3, B9, B12, C, iode, sélénium, zinc, fer, calcium. Pour chacun de ces nutriments, sur la base de la littérature scientifique, un seuil correspondant à l’apport en dessous duquel le risque de carence n’est pas nul a été défini. Le SecDiet agrège les probabilités que l’apport soit supérieur au seuil de carence pour chaque nutriment, et varie de 0 à 1 (1 quand les apports sont suffisants pour éviter toute carence chez un adulte sain). La validité du SecDiet a été évaluée dans deux populations d’étude indépendantes : INCA3 (n=1.774) et NutriNet-Santé (n=104.382). Les associations ont été évaluées entre le score et ses différentes composantes ainsi que des variables sociodémographiques connues pour être d’importants déterminants d’apports faibles en micronutriments. Le comportement du SecDiet a été comparé à celui du PANDiet, un score de qualité globale de l’alimentation de construction similaire mais fondé sur les références nutritionnelles.

Résultats et analyse statistique : Le SecDiet est élevé dans les deux populations d’étude (0,93±0,09 dans INCA3 et 0,96±0,06 dans NutriNet-Santé) indiquant un faible risque de carence au global. Le SecDiet est corrélé à chacune de ses composantes (r=+0,17 à r=+0,78, Ps<0,001), validant qu’aucune carence n’est inutilement considérée. Le SecDiet est associé au revenu du ménage (P=0,002) à l’auto-perception de la situation financière, à la situation professionnelle et aux statuts d’insécurité et d’insuffisance alimentaires (Ps<0,001) dans INCA3 et au revenu du ménage et à la situation professionnelle (Ps<0,001) dans NutriNet-Santé. Dans les populations connues comme étant les plus à risque de carence, le SecDiet présente, contrairement au PANDiet, une distorsion de sa distribution vers la gauche, avec une fraction de la population ayant un SecDiet très bas. Dans NutriNet-Santé, les individus avec un faible SecDiet ont été identifiés (1er décile et 1er centile du SecDiet) et sont plus souvent des femmes, ont moins de 30 ans, sont célibataires et ont un faible revenu (comparé aux individus avec un SecDiet plus élevé, Ps<0,001).

Conclusion : Par rapport aux indices existants, le SecDiet est un nouvel outil permettant d’estimer le risque de carence et qui est sensible aux situations socioéconomiques associées au risque d’insécurité nutritionnelle. Il pourrait être utilisé pour identifier dans de vastes cohortes les individus en insécurité nutritionnelle ou pour étudier les risques nutritionnels associés à des changements de régimes alimentaires.

https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33334384/

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