Hétérogénéité spatiale des relations entre les caractéristiques environnementales et le déplacement actif : vers un modèle écologique et social variant localement

Int J Health Georg. 2015 14:12

Feuillet T, Charreire H, Menai M, Salze P, Simon C, Dugas J, Hercberg S, Andreeva VA, Enaux C, Weber C, Oppert JM.

Selon le modèle écologique et social des comportements favorables à la santé, il est maintenant bien accepté que les facteurs environnementaux influencent l’activité physique habituelle. La plupart des études précédentes sur les déterminants de l’activité physique ont présumé d’une homogénéité spatiale à travers la zone étudiée, c’est-à-dire que l’association entre l’environnement et l’activité physique est la même quel que soit l’endroit. L’originalité principale de cette étude était d’explorer les variations géographiques en relation avec le déplacement actif (marcher ou faire du vélo vers/à partir du lieu de travail) et les caractéristiques environnementales du lieu de résidence.

4164 adultes issus de la cohorte NutriNet-Santé sur internet, résidant dans et autour de Paris (France) ont été étudiés avec un modèle de régression Poisson pondéré géographiquement (GWPR). Les variables environnementales objectives, incluant à la fois l’environnement et les caractéristiques socio-économiques autour du lieu de résidence des individus ont été évaluées par des mesures basées sur GIS. Les facteurs environnementaux perçus (indice incluant la sécurité, l’esthétique et la pollution) ont été reportés à l’aide d’un questionnaire.

Nos résultats montrent que l’influence de l’environnement du quartier est plus prononcée dans la banlieue sud de la zone étudiée (Val de Marne) comparé à Paris intramuros tandis que des schémas plus complexes ont été trouvés ailleurs. Le déplacement actif était positivement associé à l’environnement seulement dans sud et le nord-est de la zone étudiée, tandis que des associations positives avec l’environnement socio-économique ont été trouvées seulement dans certains endroits spécifiques des parties nord et sud de la zone étudiée. Des variations locales similaires ont été observées avec les variables  environnementales perçues.

Ces résultats suggèrent que : 1) concernant le déplacement actif, la structure conceptuelle écologique et sociale devrait être localement nuancée et 2) les recommandations de santé publique ciblant localement plutôt que de manière générale pourraient être plus efficaces pour promouvoir le déplacement actif.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25885965





Relation entre alimentation et pression artérielle : une analyse transversale de l’étude NutriNet-Santé, une cohorte française sur internet

Am J Hypertens. 2015 28(3):362-71

Lelong H, Galan P, Kesse-Guyot E, Fezeu L, Hercberg S, Blacher J.

L’hypertension est la maladie chronique avec la plus forte prévalence dans le monde. Les comportements liés au mode de vie pour sa prévention et son contrôle font l’objet de recommandations mondiales. Cependant, leur relation avec la pression artérielle (PA), en particulier dans la population générale, nécessite des recherches supplémentaires. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’impact relatif de facteurs nutritionnels et du mode de vie sur la PA.

Des analyses transversales ont été réalisées sur les données de 8670 volontaires de l’étude NutriNet-Santé, une étude de cohorte française sur internet. Les apports alimentaires ont été estimés à partir de 3 enregistrements de 24 h. Les données sur les facteurs du mode de vie ont été collectées à partir de questionnaires et 3 mesures de la PA ont été effectuées en suivant un protocole standardisé. Les associations ajustées sur l’âge et les associations multivariées entre la pression artérielle systolique (PAS) et les facteurs du mode de vie ont été estimées par régressions linéaires multiples.

La PAS était plus élevée chez les participants avec des indices de masse corporelle (IMC) élevés. Les apports en sel était positivement associés avec la PAS chez les hommes mais pas chez les femmes. L’association négative entre consommation de fruits et légumes et PAS était significative dans les deux sexes. La consommation d’alcool était positivement associée à la PAS dans les deux sexes, contrairement à l’activité physique. Les 5 paramètres représentant les facteurs modifiables pour réduire l’hypertension plus l’âge et le niveau d’éducation, expliquaient 19,7 % de la variance de la PAS chez les femmes et 12,8 % chez les hommes. En tenant compte de leur coefficient de corrélation partielle, l’âge et l’IMC étaient les paramètres les plus importants en relation avec la PAS. L’apport en sel n’était plus associé à la PAS dans les deux sexes après ajustements multiples.

L’IMC est le facteur modifiable principal contribuant à la PAS après ajustements multiples.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25189870





Les caractéristiques socio-démographiques, psychologiques et de mode de vie sont associées à l'attirance sensorielle pour les goûts salé et sucré chez les adultes français

J Nutr. 2015 145(3):587-94

Lampuré A, Schlich P, Deglaire A, Castetbon K, Péneau S, Hercberg S, Méjean C.

Des études ont souligné que l’attirance sensorielle pour le gras, le salé et le sucré pourrait influencer les comportements alimentaires avec une alimentation plus fréquemment défavorable à la santé chez les individus ayant une attirance plus élevée pour ces sensations. Par ailleurs, des études transversales ont montré une association positive entre l’attirance pour le gras et l’indice de masse corporelle, et des résultats contradictoires concernant l’attirance pour le salé et le sucré. La seule étude prospective sur le sujet a mis en évidence une augmentation du poids chez les individus ayant une attirance plus élevée pour le sucré mais aucune association significative concernant l’attirance pour le gras. Cependant, l’outil utilisé ne permettait pas d’appréhender la complexité de la mesure de l’attirance sensorielle.

Ainsi, notre objectif était d’estimer l’association prospective entre l’attirance pour le gras, le salé et le sucré, mesurée avec un questionnaire validé, et le risque d’obésité.

L’étude a été réalisée sur 29 015 adultes participant de la cohorte NutriNet-Santé. Les données d’attirance sensorielle ont été récoltées à l’inclusion via un questionnaire validé permettant le calcul des scores d’attirance pour le gras, le salé et le sucré, qui ont ensuite été divisés en quartiles afin de définir des niveaux d’attirance. Par ailleurs, les données anthropométriques déclaratives ont été recueillies annuellement pendant 4 ans. Des modèles de Cox stratifiés sur le sexe et ajustés sur les données alimentaires, sociodémographiques, économiques et de mode de vie ont été utilisés afin d’estimer l’influence de l’attirance pour ces trois sensations sur le risque d’obésité.

Chez les hommes et les femmes, une forte attirance pour le gras (4ème quartile) était associée à un risque d’obésité plus élevé (hommes : RRQ4vs.Q1 : 2,10 [IC 95 % 1,27-3,49] ; femmes : RRQ4vs.Q1 : 1,50 [1,12-2,00]). Cette association était en partie expliquée par la consommation alimentaire avec une diminution du risque de 20 à 30% après introduction des variables de consommation. En revanche, un score plus élevé d’attirance pour le goût sucré (4ème quartile) était associé à une réduction du risque d’obésité (hommes : RRQ4vs.Q1 : 0,61 [0,38-0,99] ; femmes : RRQ4vs.Q1 : 0,74 [0,56-0,97]). Enfin, il n’y avait aucune association significative chez les hommes et les femmes entre le score d’attirance pour le salé et la survenue d’obésité.

Après ajustement sur de nombreux facteurs de confusion, une attirance plus élevée pour le gras est un facteur prédictif de l’obésité, alors que l’attirance pour le sucré semble associée à une réduction de ce risque. Ainsi, ces composantes du comportement alimentaire paraissent utiles à prendre en compte dans la prise en charge des personnes à risque nutritionnel.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25733476





E-épidémiologie nutritionnelle : compétences informatiques des participants à une web-cohorte sur les relations nutrition-santé

J Med Internet Res. 2015 17(2):e34

Pouchieu C, Méjean C, Andreeva VA, Kesse-Guyot E, Fassier P, Galan P, Hercberg S, Touvier M.

Dans un contexte où l’e-épidémiologie se développe rapidement au niveau international, très peu d’information existe sur les compétences informatiques des sujets et l’acceptation des contraintes liées à leur participation à une web-cohorte.

Les objectifs de cette étude étaient d’évaluer les compétences en informatique et en utilisation d’Internet des participants à une large web-cohorte portant sur les relations nutrition-santé, et de comparer leurs attitudes face aux contraintes de l’étude selon leurs compétences informatiques et leurs caractéristiques sociodémographiques.

Les données ont été collectées par auto-questionnaires sur Internet en 2013 chez 43 028 sujets de la cohorte NutriNet-Santé. Les comparaisons ont été effectuées par des analyses multivariées de régressions linéaire et logistique non-conditionnelle.

Près d’un quart des sujets (24 %) ont déclaré être « inexpérimentés » ou « novices » en informatique. Le niveau en informatique avait une influence sur le temps de remplissage des questionnaires (par exemple, 24 min en moyenne pour l’enregistrement alimentaire de 24h chez les sujets novices/inexpérimentés contre 21 min chez les sujets expérimentés/experts). Les femmes avaient tendance à être plus «positives» que les hommes à l'égard de l'étude, alors que les participants les plus instruits étaient moins enclins à accepter les contraintes liées à la fréquence (P <0,0001) ou la durée de remplissage (P <0,0001) des questionnaires.

Cette étude fournit des informations utiles pour optimiser les investigations actuelles et futures en e-épidémiologie nutritionnelle. Une part non-négligeable de la population d’étude rapportait un faible niveau de compétences informatique/Internet, suggérant que ce point ne constitue pas un obstacle à la participation à des web-cohortes. Les résultats suggéraient également que certaines catégories de sujets ayant un niveau moyen plus faible en informatique (comme les femmes et les participants ayant un niveau d’éducation moins élevé) étaient plus positives envers l’étude et moins réticentes à se conformer à ses exigences.

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25648178





Validité interculturelle de l’échelle d’alimentation intuitive

Appetite. 2015 84:34-42

Camilleri GM, Méjean C, Bellisle F, Andreeva VA, Sautron V, Hercberg S, Péneau S.

L'alimentation intuitive est un comportement alimentaire adaptatif qui favorise une consommation en réponse aux signaux physiologiques de faim et de satiété. L’échelle « Intuitive Eating Scale-2 » (IES-2) mesure de telles attitudes et comportements.

Le but de cette étude était d'adapter l’IES-2 au contexte français et de tester ses propriétés psychométriques dans un échantillon de 335 femmes et 297 hommes participant à l'étude NutriNet-Santé. Nous avons évalué la validité de construit de l'IES-2 en testant des hypothèses sur la structure factorielle, les relations avec les scores du Three Factor Eating Questionnaire-21  et CES-D, et les différences entre des sous-groupes de population «a priori»  pertinents.

Tout d'abord, l'analyse factorielle exploratoire a révélé trois dimensions principales : Manger pour des raisons physiques plutôt qu’émotionnelles, Recourir à ses signaux de faim et de satiété et Permission inconditionnelle de manger. Une analyse factorielle confirmatoire de second ordre a confirmé la solution à 3 facteurs eux-mêmes influencé par une dimension plus large de l'alimentation intuitive. Le score IES-2 total était négativement corrélé à la restriction cognitive (r = -0,31, p <0,0001), l’alimentation liée aux émotions (r = -0,58, p <0,0001), l’alimentation incontrôlée (r = -0,40, p <0,0001), et les symptômes dépressifs (r = -0,20, p <0,0001). Les sous-échelles de l’IES-2 ont montré des corrélations similaires. Les femmes avaient des scores plus faibles que les hommes pour l’échelle IES-2 totale (3,3 chez les femmes contre 3,5 chez les hommes, P <0,0001), ainsi que pour les sous-échelles Manger pour des raisons physiques et Permission inconditionnelle de manger. Les personnes étant au régime ou ayant déjà suivi un régime avaient des scores plus faibles sur l’IES-2 globale et sur ​​toutes les sous-échelles comparé à ceux n’ayant jamais suivi de régime (tous P <0,01). Enfin, les résultats ont montré une fiabilité satisfaisante du score total IES-2 (cohérence interne = 0,85 et fidélité test-retest = 0,79 sur une période moyenne de 8 semaines) et de ses sous-échelles.

Ainsi, l’échelle IES-2 française peut être considérée comme un instrument utile pour évaluer les comportements alimentaires intuitifs chez les adultes dans les études empiriques et épidémiologiques conduites en population générale.

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25239401









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